23 septembre 2008
Le lac des perches
Petit poème de l'abbé Buchmann

Le lac des Perches (sternsee)
Ce lac, mystérieux et secret, complètement isolé par la forêt et les rochers, préserve, en outre, son intimité par les berges d'accès malaisé. Mais dans sa solitude, jalousement défendue, c'est un merveilleux magicien de la couleur et je me délectais de ses coloris variés, sans cesse renouvelés. C'était un jeu continu de noir, de vert, d'ocres,de mauves, de mordorés, un chatoiement incomparable. Comment avions-nous pu passer si souvent auprès de cette fête, donnée avec tant de grâce subtile, par ce méconnu? Cet ermite, perdu dans la montagne, m'apprenait la patience et les délais de la contemplation. A sa manière, il me reprochait de m'être laissé prendre trop fréquemment aux impératifs des horaires, à la rigidité des itinéraires, à la vanité des performances, d'avoir introduit, dans le lent déroulement des heures, la fièvre que nous autres,hommes, apportons en toutes nos activités. Il me disait qu'il ne fallait plus me laisser tellement accaparer par l'agitation, qui nous condamne à demeurer à la surface des choses. Tout en déployant silencieusement sa riche parure diaprée, il m'enseignait à savoir m'arrêter, à savoir faire les pauses nécessaires qui permettent de voir enfin avec le coeur... Je sentis qu'il était en train de m'apprivoiser et, avant de le quitter, je lui promis de revenir dès que possible et de lui amener de nouveaux amis





